L'activité de renseignements
à l'ambassade de France à Berne

Lettres et rapports d'Allard de Châteauneuf et Léon de Patek

1914 - 1921

Cet ouvrage lève le voile sur l’activité de renseignements totalement inédite qui fut réalisée à l’ambassade de France à Berne durant la première guerre mondiale. Un grand nombre d’informations ont été recueillies par le secrétaire de l’ambassade Allard de Châteauneuf et son informateur. Quelques 980 lettres et rapports s’étalent de novembre 1914 jusqu’en fin 1921.

Ces rapports ont été écrits à la suite de conversations entre une personnalité d’origine polonaise, Léon de Patek, avec des Allemands et des diplomates autrichiens. La Suisse, terrain neutre, accueillait les différents belligérants. Léon de Patek, particulièrement bien introduit dans les milieux aristocratiques allemands résidant au bord du Léman, recueillit nombre d’informations importantes qu’il transmit à l’ambassade. Il bénéficia également du concours exceptionnel d’un diplomate de l’ambassade d’Autriche-Hongrie, Ladislas Skrzynski. Celui-ci, craignant une victoire allemande qui serait indirectement fatale à son pays, lui communiqua donna, dès octobre 1916, des détails sur ce qui se passait à Vienne ainsi que certaines informations militaires.

Ces rapports examinent la situation politique en Autriche et en Allemagne, la situation en Pologne, quelques-uns traitent des négociations de paix séparée avec l’Autriche, entre la Russie et l’Allemagne, etc. Ils commencent au début de la guerre, par le ravitaillement de l’Allemagne par l’Italie et la divulgation des agissements d'un Anglais, Wetzlar Coit. Ils analysent ensuite diverses affaires comme la mission secrète en Suisse du prince de Bülow et toutes ses fréquentations, celle du comte Goluchowski, envoyé de l’empereur Charles Ier, les agissements pacifistes de Stürmer, les négociations secrètes commencées en Suisse par Rataïeff et Meyendorff, les propositions de paix faites par le Vatican, des renseignements militaires de la plus haute portée tels que l’attaque inopinée du Mort-Homme (août 1917) et la seconde attaque du Chemin des Dames (mai 1918), l’énumération des divisions allemandes revenues du front russe, la nomination imminente de Max de Bade comme chancelier, son plan d’évacuation des provinces occupées pour obtenir l’armistice, les derniers efforts de Charles Ier pour sauver son empire, la nomination du professeur Lammasch, la capitulation finale de l’Autriche et les missions Mensdorff et Windisch-Graetz.

Ces conversations se sont déroulées à Genève, Lausanne et Montreux ont permis l’envoi de télégrammes à Paris en donnant de précieuses informations.

Cette étude a été menée sur quatre dépôts d'archives et deux collections privées.

Ces rapports n'ont jamais fait l'objet d'étude ni de publications.

Deux tomes :

Introduction – rapports de novembre 1914 à mars 1917. 700 pages. 42 € plus port

I.S.B.N. : 979-10-90858-05-3.

Rapports d'avril 1917 à décembre 1921. 660 pages. 42 € plus port

I.S.B.N. : 979-10-90858-06-0

Illustrations et index des noms.

Frais de port pour les deux tomes :
11,5 € en colissimo
6,70 € par Mondial Relay

Exemple d’un rapport : N° 666. Rapport de Léon de Patek

Les véritables causes du retard
dans la grande offensive attendue

23 mai 1918

Décidément, Blumenthal continue d’être le meilleur et le plus sincère de mes infor­mateurs (côté boche).

Il a insisté par dépêche comme je vous le disais hier, pour me faire déjeuner ce matin à Montreux (villa Violetta) avec Bernard de Stolberg qui a épousé une Fürstenberg de Westphalen, belle-sœur d’un cousin germain de ma femme (Belgique et Prusse rhénane). Stolberg qui arrive de Berlin et qui n’avait pas vu Blumenthal depuis plus d’un an, lui a indiqué devant moi les véritables raisons du retard de la grande offensive prévue d’abord pour le 17, puis pour le 21 mai.

Il y a de sérieuses divergences de vues entre le kaiser, le kronprinz, le prince Rupprecht, Ludendorff et Hindenburg au sujet de l’ampleur à donner à cette formidable offensive. Pour la deuxième fois depuis six mois, Hindenburg et Ludendorff ne se trouvent pas d’accord... et c’est le passage de Mackensen au grand quartier général allemand et les avis formulés par lui qui, en l’état, ont été le signal d’une discorde dont nous avons lieu de nous réjouir.

Le kronprinz s’est emballé à fond sur le nouveau plan Mackensen qui consisterait à tourner Amiens par le nord tandis que Marwitz et Hutier assistés du kronprinz lui-même pousseraient une attaque titanesque dans toute la région qui s’étend de Moreuil à Soissons (Montdidier, Noyon, jusqu’au Chemin des Dames... c’est-à-dire vers Paris)

Le kronprinz dit que les envois de troupes françaises vers le nord pour encadrer les effectifs anglais, belges, américains et portugais ont sensiblement diminué l’importance des réserves françaises massées naguère entre la région de Soissons et le camp retranché de Paris.

Mackensen dit : « Le généralissime Foch a tout combiné pour résister efficacement au principal effort de nos armées de choc qu’il attend entre La Bassée, Givenchy et le nord d’Amiens. Foch prévoit aussi de formidables attaques dans la région d’Ypres mais il est persuadé que nous avons renoncé à attaquer à fond entre Soissons et Amiens. »

Après Mackensen, le kronprinz déclare qu’il faut confier à Hutier 10 ou 12 divisions de plus pour que les forces dont il dispose soient aussi "kolossales" que celles dont (à défaut de Mackensen dont Ludendorff persiste à refuser le concours personnel) Below est actuellement le chef (7e et 17e armées).

Hindenburg serait, paraît-il, enclin à adopter les idées (ci-dessus résumées) de Mackensen et du kronprinz.

Quant à Ludendorff, il refuse énergiquement de prélever de nouvelles divisions en Woëvre, en Alsace et dans la région de Verdun. Ludendorff soutient que les seuls buts de l’offensive retardée doivent être de :

1° couper les communications par Amiens entre Paris et Londres.

2° rompre le front franco-anglais au nord d’Amiens.

3° atteindre la côte, prendre Calais et arrêter ainsi tout trafic (pour les Alliés) dans le Pas-de-Calais.

Ludendorff est depuis le 18 auprès de Bülow chargé de l’effort principal.

Guillaume II va rejoindre ces jours-ci Sixt d’Arnim.

Les choses en sont là.

Vincent

(Collection particulière. Grenoble. ALL-01-4 n° 11.)





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